Jeudi 28 janvier 2010
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Faut-il avoir peur de la dette publique ?
Avec la crise, les déficits publics ont explosé et entraîné une forte montée de la dette. Faut-il s'en
inquiéter ? Dans le contexte actuel, la peur de la dette constitue une menace plus sérieuse que la dette elle-même.
La dette publique s'annonce déjà comme un héritage durable de la crise. Elle a explosé dans presque tous
les pays de l'OCDE, à la mesure de la violence de la récession. La France n'échappe pas à cette tendance générale: l'endettement public est passé de 64% du produit intérieur brut (PIB) en 2007 à
76% en 2009. Face à une chute spectaculaire de la demande privée fin 2008 et début 2009, les gouvernements ont maintenu le niveau des dépenses publiques et pris des mesures de relance, avec la
bénédiction du Fonds monétaire international (FMI) et de la Commission européenne. Dans l'urgence, l'orthodoxie budgétaire a été remisée au placard, parce que les conséquences d'une dépression
paraissaient bien plus graves que celles d'une dette publique alourdie.
Mais cela n'a eu qu'un temps. Alors que l'économie est loin d'être remise de la crise, la nécessité de
lutter contre l'endettement public revient en force dans les discours et dans les agendas politiques nationaux et européen. La Commission a déterré le pacte de stabilité, et multiplie les
procédures de déficit excessif à l'encontre des pays membres. En France, le grand emprunt sonne comme un dernier coup d'éclat présidentiel avant un long tunnel d'austérité.
Certes, la dynamique actuelle de la dette publique n'est ni anodine ni sans conséquences. Mais à court
terme, la phobie de la dette publique paraît une menace plus dangereuse que la dette elle-même. Parce qu'elle risque de conduire à un tour de vis budgétaire prématuré et excessif, qui pourrait
tuer la reprise. Ce qui rendrait encore plus difficile la stabilisation de la dette. On se souvient qu'en 1995, la rigueur instaurée par le gouvernement d'Alain Juppé avait freiné la reprise
amorcée l'année précédente, sans que le déficit public en soit réduit. Dans le contexte de reprise molle qui prévaut aujourd'hui, respecter les exigences de la Commission en matière
d'assainissement budgétaire paraît suicidaire.
La peur de la dette peut aussi être instrumentalisée politiquement pour forcer le passage de certaines
réformes. En France, le risque est que l'assainissement des finances publiques ne serve de prétexte au gouvernement pour s'attaquer à l'autonomie des collectivités locales et pour réduire le
niveau de protection sociale dont bénéficient les Français.
Sandra Moatti
Alternatives
Economiques - n°288 - Février 2010
Vous avez dit Retraite, réforme territoriale, RGPP, Hôpitaux... ? Comme c'est bizarre !
On a le droit de voir rouge
Commentaires