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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 17:00

 « LA SOCIETE SARKOZY EN QUESTION »

 

D’abord une interrogation : Comment expliquer que la droite française qui a subi des revers électoraux sans précédent lors des élections régionales, cantonales et européennes de 2004, cette droite que la victoire du « non » au référendum aurait dû achever, cette droite qui a dû reculer en 2006 face à la déferlante anti-CPE, comment expliquer que cette droite ait gagné et sans coup férir l’élection présidentielle et qu’elle occupe aujourd’hui encore quasiment à elle seule l’ensemble du paysage politique français ?

Indéniablement une part de responsabilité revient à la gauche, dans son ensemble et dans toutes ses composantes. Et je pense que ce sera d’ailleurs l’un de vos sujets de discussion.  Reste cette « absence de la gauche » n’explique pas tout. La droite UMP mène en effet une intense bataille politique et idéologique qui marque des points. Une bataille qui s’est encore intensifiée depuis que Nicolas Sarkozy a pris la tête du parti fondé par Alain Juppé et Jacques Chirac, dans la foulée de l’élection présidentielle de 2002. Avec Nicolas Sarkozy, ce nouveau parti créé à l’imitation des grandes organisations conservatrices européennes, prenant comme modèle avoué le parti populaire espagnol de José María Aznar, a beaucoup travaillé. Durant cinq ans, à travers une série de conventions, elle a affiné ses propositions sur tous les sujets et commence à réaliser son objectif idéologique : ne laisser aucun terrain sans disputer le leadership idéologique à la gauche. « Pour la première fois, nous sommes suffisamment forts pour affirmer nos valeurs, en face d’une gauche plus que jamais conservatrice et divisée en chapelles idéologiques ! Après avoir perdu le monopole du cœur, voici que la gauche découvre avec effroi qu’elle a perdu le monopole de l’intelligence », ces mots de l’ancienne responsable à la formation de l’UMP,Valérie Pécresse aujourd’hui ministre de l’enseignement supérieur.

 

La force de Nicolas Sarkozy est d’avoir réussi à synthétiser et à mettre en cohérence l’héritage de la droite française conservatrice et celui de la droite française libérale en y intégrant les « avancées idéologiques » des neo-conservateurs anglo saxons ainsi que des néo-libéraux. Au passage, Nicolas Sarkozy a définitivement enterré le gaullisme comme exception politique française.

 

A l’arrivée, Nicolas Sarkozy a mis en place pour une droite assumée et un libéralisme décomplexé, une thématique symbolisée dans le mot « rupture ». Mais le concept de « rupture » est-il une nouveauté à droite ?

Henry Rousso, président de l’Institut d’histoire du temps présent, rappelle, citant les travaux de l’historien israélien Zeev Sternhell, qu’il existe en France une droite « révolutionnaire » qui revendique le thème de la rupture. « Après la Révolution, la contre-révolution, avec Joseph de Maistre par exemple, a théorisé le désir de rupture apocalyptique. (...) Sarkozy, poursuit-il, défend une position néo-conservatrice à l’américaine et je pense qu’il a lu le livre de Robert Kagan : La Puissance et la Faiblesse. Il veut maintenir certaines valeurs de tradition : « la famille, la patrie, et pour les défendre, il se sent prêt au combat, assumant la rupture, s’affirmant prêt à changer les choses pour conserver un ordre ancien. » Cette « révolution conservatrice est d’ailleurs un thème ancien à droite en France, dès l’après-Révolution Française, mais aussi dans l’Allemagne de Weimar ou l’Amérique de Bush », souligne l’historien, qui cite en exemple les nombreuses droites « populistes » prônant la rupture qui parsèment l’histoire de France, du bonapartisme à la droite, de la guerre d’Algérie, en passant par le « boulangisme »...

Comme l’explique donc Henry Rousso, derrière la « rupture » sarkozyste, on retrouve des fondamentaux de la pensée conservatrice.

Mais comme je le disais, cette « rupture » cache aussi une ambition idéologique : réaliser une nouvelle synthèse de la pensée de droite, empruntant à ses différentes grandes familles telles que définies par René Rémond. Une synthèse idéologique y compris des droites les plus extrêmes et les moins fréquentables qui ont permis au candidat Sarkozy de gagner un nouvel électorat, mais pas seulement. Il s’agit pour la droite sarkozyste d’en finir avec une certaine tradition de la droite française afin d’achever en quelque sorte son européanisation.

Si Jacques Chirac a tué le gaullisme politique pour n’en garder qu’une mythologie, Nicolas Sarkozy entend, lui, créer une nouvelle mythologie dont il serait bien évidemment la Figure centrale.

D’où son instrumentalisation de l’Histoire.

La  tentative de brouillage du clivage droite-gauche avec l’utilisation de Guy Môquet, comme avec la récupération d’autres figures historiques de la gauche, Léon Blum, Jean Jaurès a pour objectif d’affaiblir la gauche, de la décrédibiliser (on retrouve le pendant de cette stratégie avec la fameuse ouverture du gouvernement à des personnalités dites de gauche) Mais cela va plus loin : en brouillant le clivage, on devient inclassable.

Il faut prendre la mesure de ce que Nicolas Sarkozy tente de faire et ce que cela révèle de sa pratique politique et de sa vision de l’Histoire et de l’école. Surtout lorsque l’on rapproche cela de sa fameuse « lettre aux éducateurs ». On constate qu’il prône un retour à l’école version 3ème République. C’est-à-dire l’école de l’autorité, de la hiérarchie, l’école comme lieu de fabrication d’une citoyenneté d’adhésion aux valeurs nationales et non comme le lieu de fabrication d’une citoyenneté critique. Comme si, adhérer à la nation n’était en réalité que s’identifier à des héros.  L’école va être pour Nicolas Sarkozy un lieu d’action politique de taille. Il faut également se rendre compte que ce qui sous-tend sa logique d’appropriation et de panthéonisation des grands hommes. Au bout du bout, le dernier panthéonisable c’est lui. Il tente de s’inscrire dans une « généalogie » des grands noms. Sa vision de l’histoire va complètement à l’encontre de la façon dont les historiens appréhende la manière de faire de l’Histoire. Faire de l’histoire, c’est restituer les enjeux du passé, les enjeux d’un moment historique. C’est complètement différent de détourner des personnages, détourner des moments historiques, en faire une lecture héroïque pour les mettre à son service.

 

Car Nicolas Sarkozy applique à la France une pédagogie de l'acceptation du pouvoir personnel. Dans la ligne de mire, rien de moins que le pluralisme politique. « Les régimes parlementaires sont bons pour les pays où n'existe aucun courant révolutionnaire » explique en substance le Président de la République dans son discours du 12 juillet. Selon lui le « régime d'assemblée (..)  n'a cessé d'être un régime de paralysie et d'impuissance, qui a usé tant d'énergie, de courage et de bonne volonté ». Le parlementarisme voilà l'ennemi pour Nicolas Sarkozy. Voilà le responsable de tous les maux, et même de toutes les défaites de la France : « Les terribles défaillances qui ont eu des conséquences si tragiques entre 1914 et 1917 avaient des causes plus lointaines et plus profondes que les erreurs ponctuelles du commandement militaire. Elles provenaient des vices de fonctionnement d'un régime depuis longtemps organisé pour que nul ne puisse réellement gouverner. (…) En 1940, les mêmes causes produisirent les mêmes effets » , explique-t-il dans ce même discours. Et d'oublier au passage que les responsables de la défaite, Pétain, Weygand, Darlan, étaient animés d'une une haine viscérale de la République qui avait permis la victoire du Front Populaire. Et ce sont d'ailleurs eux, ces responsables de la défaite militaire, eux qui criaient « à mort la gueuse » qui seront les premiers bénéficiaires politiques de la collaboration. La ré-écriture de l'histoire par le chef de l'Etat, en dédouanant au passage les forces les plus réactionnaires de leur responsabilité, doit lui permettre de désamorcer les critiques de Césarisme. Mais le Président de la République va encore plus loin lorsqu'il affirme « La France une et indivisible n'est pas une invention de la Révolution Française, depuis mille ans la France n'a cessé d'être travaillée par l'obsession de son unité. (…) Et ce n'est pas une invention du jacobinisme (…) Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de la passion française pour l'égalité. L'égalité, c'est la clé de voûte de l'unité de la France ». Comme si la passion française pour l'Égalité n'était pas liée à la notion de justice pour, comme le disait Robespierre, en finir avec « ce système » dans lequel  « tout est contre la société ; tout est en faveur des marchands de grains ».

En touchant aux institutions dans le sens qu'il a annoncé, le chef de l'Etat veut se tailler une constitution sur mesure qui renforce encore la présidentialisation du pouvoir en rognant un peu plus les pouvoirs du parlement. Il veut à lui seul incarner la légitimité du pouvoir afin d'aller au bout de sa politique « en rupture avec les mentalités, les routines et les comportements du passé », et qui doit en finir avec «  des rentes de situation, des privilèges indus, des conservatismes qui bloquent l'élan de la société vers l'avenir ». Traduisez : la sécurité de l'emploi dans la fonction publique, les régimes spéciaux de retraites, les luttes syndicales pour le maintien des droits sociaux. En renforçant le pouvoir personnel du Président de la République, veut contraindre au silence et à l'impuissance la gauche, le mouvement social et toutes les forces susceptibles de s'opposer à son projet d'offrir au capitalisme français l'environnement politique et social le plus favorable possible. Or, comme le souligne Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel, dans un régime démocratique : « une pluralité de légitimités coexistent : la légitimité électorale, que personne ne conteste, mais aussi celle des associations, des syndicats, de la presse ou encore de la Justice ».

 

Mais, revenons sur la synthèse idéologique. Avec comme premier axe : Le travail et l’emploi. « Travailler plus pour gagner plus », « revaloriser la valeur travail », dénonciation de la permissivité de la gauche avec l’invention en 1981 du ministère du Temps Libre... Le travail censé être le seul moyen de vivre mieux, gagner plus passe par une augmentation du temps travaillé pour produire davantage de richesses.

On retrouve chez Nicolas Sarkozy dans sa conception du « travailler plus », la vulgate néolibéralisme « scientifique » des « nouveaux économistes » des années 70 qui, dans le sillage de Lepage, Salin, Rosa ou Aftalion, s’employaient à faire connaître les théories de Friederich Hayek ou de Milton Friedman. D’ailleurs, Pascal Salin est l’un des inspirateurs de l’idéologie sarkozyste de « rupture » : rupture avec le « modèle social » qui passe par la redéfinition de la question sociale de manière à ce que la ligne de clivage n’oppose plus riches et pauvres, capital et travail, mais deux fractions du, osons le mot, « prolétariat » entre elles, celle qui « n’en peut plus de faire des efforts » et la « république de l’assistanat ». Voilà ce que l’on pouvait lire sous la plume de Pascal Salin : « il faut s’interroger sur le système d’incitations qui conduit les individus à produire davantage, à travailler davantage, à innover davantage, à épargner et à investir davantage. Or, les structures institutionnelles de la France sont maintenant telles, après des années de socialisme de gauche et de droite, que tout est fait pour punir les efforts de travail (les 35 heures, les retraites anticipées), de production ou d’épargne (la fiscalité, les réglementations) ». Fin de citation.  Conclusion :

Ce ne sont pas les dépenses publiques en faveur de l’emploi, le “traitement social du chômage” ou les réglementations contre les licenciements qui feront reculer le chômage, mais le retour à la liberté contractuelle et le reflux de l’État.

 

On retrouve là la critique chère à Friederich Hayek de ce qu’il appelle le « constructivisme social ».

C’est-à-dire, selon lui, de l’illusion qui consiste à vouloir organiser la société selon la raison. Illusion dont l’activisme révolutionnaire serait la meilleure des illustrations. Pour Hayek, comme l’écrit Bernard Manin, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris et à New York, « l’intervention de l’État dans l’économie, fût-ce pour corriger, en fonction d’objectifs apparemment rationnels, le fonctionnement ou les effets du marché, n’est que la manifestation d’une erreur beaucoup plus fondamentale, la croyance que les hommes peuvent organiser leur vie sociale d’après un dessein qu’ils auraient librement formé ».

Hayek estime d’ailleurs qu’il existe une « sélection naturelle des institutions sociales et des règles de conduite » : « L’ordre entier de la société, et même tout ce que nous appelons la culture, est le produit d’efforts individuels qui n’ont jamais eu un tel but, mais ont été canalisés à cette fin par des institutions, des pratiques et des règles qui n’ont jamais été délibérément inventées, mais dont le succès a assuré la survie et le développement. »

Tout dépend des seuls individus…. d’où le second chantier de la « rupture » sarkozyste : le rôle et la place de l’État. 

Si, aujourd’hui, l’argument invoqué pour rogner, jusqu’à les faire disparaître, un certain nombre de domaines de compétence de l’État est la réduction de la dette publique, la dénonciation du trop d’État ou de l’État baudruche n’a rien de nouveau de la part des philosophes libéraux. Au XVIIIe siècle, Humboldt distingue deux objets possibles de l’État : le bien positif, qui consiste dans le bien-être physique des sujets, et le bien négatif, qui consiste dans leur sûreté. L’État qui poursuit le premier a tendance à accroître indéfiniment son emprise, à transformer les hommes en machines et à uniformiser la société. Seule la recherche du bien négatif, par conséquent, est compatible avec les exigences de la liberté. Sûreté contre bien positif : la formule sera reprise, au XIXe siècle, par tous les partisans d’un État minimal (Constant, Dunoyer, Comte).

 

Il ne faut cependant pas confondre, un Etat minimal n’est pas synonyme d’absence d’Etat : C’est toute la différence entre le libéralisme du « laissez faire, laissez passer » et le néolibéralisme qui est capable de déployer l’intervention publique dans plusieurs directions. De manière offensive, il cherche à faire sauter les protections, les fameux « verrous » réglementaires, législatifs ou syndicaux qui « entravent » la libre concurrence. Il cherche également à désengager l’Etat du secteur productif et à créer le cadre légal le plus favorable au marché capitaliste. Le tout soutenu par une intense bataille idéologique.

En 1947, le penseur ultra-libéral Friedrich Hayek fonda la société du Mont Pèlerin dont, je cite « le but n’est pas de diffuser une doctrine particulière, mais d’élaborer au moyen d’un effort continu une philosophie de la liberté qui puisse fournir une alternative aux opinions politiques actuellement dominante » alors le communisme et le Keynesianisme. Hayek ajoute même « notre effort doit essentiellement se concentrer sur le long terme et non sur des objectifs qui pourraient être immédiatement praticables mais sur des convictions qui doivent retrouver un ascendant »

 

Le penseur ultralibéral Friedrich Hayek attendit plus de trente ans avant que des dirigeants politiques de premier plan (Mme Thatcher, Reagan, mais également Augusto Pinochet) se trouvent en position de traduire ses analyses en actes.

Ainsi, Reagan comme Bush n’ont cessé d’intervenir pour favoriser les intérêts des chefs d’entreprise et ceux des détenteurs de capitaux, indissociables à leurs yeux de l’intérêt national. L’année même de l’entrée en fonction du premier, en 1981, il prit trois décisions : celle de casser la grève des contrôleurs aériens en révoquant les douze mille salariés qui y avaient pris part et en détruisant leur syndicat ; celle de geler le salaire minimum (qui n’augmenta plus une seule fois pendant les deux mandats de Reagan) ; celle, enfin, de réduire brutalement l’imposition de la tranche marginale supérieure des revenus (taxée à 70 % en 1981, elle ne le fût plus qu’à 28 % en 1987).

Ce n’est donc pas un hasard si Sarkozy souhaite provoquer une épreuve de force avec les syndicats afin que, comme Reagan en 1981, comme Mme Margaret Thatcher en 1984-1985 face aux mineurs britanniques, de marquer la « rupture » par un coup d’éclat.

Margaret Thatcher dans ses mémoires écrivait « De 1972 à 1985, la traditionnelle sagesse voulut que la Grande-Bretagne ne pût être gouvernée sans le consentement des syndicats. Aucun gouvernement ne pouvait vraiment résister à une grande grève, (...) et encore moins la faire échouer (...). Notre détermination à résister à la grève incita les syndiqués ordinaires à oser tenir tête aux activistes. Ce que cette défaite établit fut qu'il n'était plus question de laisser la gauche fasciste faire de la Grande-Bretagne un pays ingouvernable. »

Avec la réforme des régimes spéciaux de retraite, l’objectif était d’abord de casser les reins des syndicats, et en premier lieu de la CGT, en menant une bataille idéologique féroce contre « les privilégiés et les nantis qui prennent en otage les salariés ».

Je parlais tout à l’heure de la société du Mont-Pélerin fondée en 1947, la même année le CNPF créé en 1946 mettait sur pied l’association de la libre entreprise : une organisation visant à « défendre et préconiser la liberté d’entreprise sur le plan économique et social avec toutes ses conséquences ». Sans oublier pour l’anecdote, que, dès 1945 un parti baptisé parti Républicain de la Liberté fonde son programme politique sur le « néo-libéralisme » et prône l’alliance de tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les structures économiques et sociales mise en place à la Libération. Kessler ne dit pas autre chose en parlant de la politique de Nicolas Sarkozy.

« La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance » Enfin !

 

Conduire une politique néo-libérale impose de conduire la bataille des idées. Sarkozy a, comme les conservateurs américains avant lui, construit son corpus idéologique permettant de rompre avec ce qu’il nomme la pensée « unique » et d’y substituer « tout ce que la droite républicaine n’osait plus faire parce qu’elle avait honte d’être la droite  ».

Sarkozy a expliqué lui-même que sa stratégie jouerait à fronts renversés : « Ce sera notre fierté d’être le parti du mouvement. Les socialistes sont devenus des conservateurs. »

Ce n’est pas rien qu’il cible l’esprit de 1968 comme étant l’ennemi. Je cite encore Sarkozy : 1968 ce furent ceux qui avaient « proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit ». Il prétendit que la gauche « héritière de Mai 68 » avait à la fois « liquidé l’école de Jules Ferry », provoqué la « crise du travail » et déchaîné la « haine de la famille, de la société, de l’Etat, de la nation, de la République ». Il précisa aussi – il n’était plus à ça près – qu’elle avait « préparé le triomphe du prédateur sur l’entrepreneur, du spéculateur sur le travailleur » et qu’elle ne cessait de chercher « des excuses aux voyous ».

 

Sarkozy peut affirmer à juste titre : « Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là. Depuis 2002, j’ai donc engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées. Tous les soirs, je parle de l’école, en dénonçant l’héritage de 1968. Je dénonce le relativisme intellectuel, culturel, moral... »

Entre parenthèses, voilà qui contredit tous ces politologues qui ne conçoivent la conquête du pouvoir que comme une éternelle course au centre.

 

« État fort », « Autorité », « Guide », « Parler vrai » sont les mots-clefs que Nicolas Sarkozy utilise pour ponctuer cette bataille idéologique. Le Président revendique ses « dérapages », avouant tenter de la sorte de « gagner la bataille de la communication et celle de l’action ».

« Nettoyer les cités ? Qu’y a-t-il de choquant ? (...) Comment la société politique française peut-elle se dire scandalisée par le mot “nettoyer” et ne pas l’être plus que cela par la mort d’un enfant de onze ans ? »

Un couplet populiste pour faire croire que ceux qui sont choqués par ses propos sont du côté des coupables, quand lui serait de celui des victimes. Une rhétorique pour flatter les plus bas instincts, pour s’assurer de la sympathie de l’électorat populaire. Il reprend ainsi un classique de la droite, le recours à la victimisation de ces catégories. Quand Nicolas Sarkozy justifie sa politique sécuritaire et dénonce les « droits-de-l’hommistes » des beaux quartiers qui « passent devant la porte de Saint-Ouen en disant : « Mon Dieu, les pauvres”, puis s’en vont pour aller dîner en ville », il fait irrésistiblement penser à Maurice Barrès, qui justifiait ainsi son opposition à l’abolition de la peine de mort au début du XXe siècle : « L’immense majorité des crimes porte sur les peuples des faubourgs, puis sur des faibles et des isolés. Ainsi, cette réforme que vous croyez généreuse [l’abolition de la peine de mort], il faut bien constater qu’elle augmenterait les risques du petit peuple. »

 

Le sarkozysme, c’est prétendre dire ce que « les gens » disent. « Jamais je n’ai senti un décalage aussi profond entre le pays virtuel, tel qu’il est décrit à longueur d’articles, et le pays réel (...). J’ai voulu m’appuyer sur le pays réel qui a parfaitement compris que nous étions à une minute de vérité » expliquait Nicolas Sarkozy le 19 novembre 2005, devant des nouveaux adhérents de l’UMP à propos des émeutes en banlieue, justifiant ainsi son utilisation des mots « racailles » ou « Karcher ». Parler au nom du « pays réel », contre le « pays virtuel » des élites, l’inscrit également dans la lignée de Charles Maurras lorsque celui-ci opposait « pays réel » et « pays légal ».

 

Brice Hortefeux, fait un raccourci saisissant de cette bataille idéologique sarkozyste et de synthèse idéologiques des différents courants de droite « lorsqu’on leur [les Français] demande ce qui les révolte le plus, c’est davantage ceux qui profitent injustement des avantages sociaux que ceux socialement très privilégiés. Les Français ont soif d’équité plus que de stricte égalité, ils veulent plus de liberté et sont prêts pour son corollaire, la responsabilité. Ils ne craignent pas le changement, ils l’attendent ».

 

Pour être juste il faut reconnaître que ces fondamentaux du libéralisme, la droite pré-Sarkozy avait déjà tenté de l’imposer.

Giscard et la rupture avec le Keynésianisme et Jacques Chirac au début des années 80 qui affirmait vouloir faire du Réaganisme à la française sûrement avec plus de conviction que sa fameuse volonté de vouloir réduire la fracture sociale, idée sur laquelle il fut élu en 1995 avant de connaître la déroute de 1997.

La « droite décomplexée » prônée par le président de l’UMP ne peut survivre et gagner si le débat politique se déporte, même artificiellement et pour des raisons tactiques, à gauche. Pourquoi ? car conduire une politique néo-libérale impose de conduire la bataille des idées. Et pour mener cette bataille d’idées, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à piocher allègrement dans la boite à outils.

 

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