Victime d'un moment d'humeur, non regretté encore aujourd'hui, j'ai du ouvrir, intentionnellement - que personne n'en doute - le champ à d'autres élucubrations
que les miennes...
Il est pour le moins normal et nécessaire de publier ce qui répond à Elucubrations électorales…ou moment de fatigue
Etienne Doussain
Collectif pour Une Gauche Alternative,
membre de la Fédération pour une Alernative Sociale et Ecologique
Elucubrations, désaccords mineurs ou majeurs…
Nous avons lu la contribution de notre camarade Etienne Doussain, militant de la FASE, sur son
incompréhension –et sa colère- face au nombre de candidatures à gauche du PS pour ces élections législatives.
Nous ne polémiquerons pas sur les enjeux de la sortie de l’euro car nous pensons que cette question n’a aucun
sens.
Et d’emblée, nous affirmons que nous sommes d’accord avec ce que notre camarade a écrit : l’enjeu pour
de nombreuses organisations est de leur garantir un accès au financement des partis politiques. La notre n’y échappe pas.
Mais quitte à ouvrir un débat, autant aborder l’ensemble des questions qui nous sont posées (ce
« nous » inclus pour nous tou(te)s les camarades qui ne se reconnaissent pas dans le social-libéralisme).
Nous poursuivons donc la réflexion ouverte en y ajoutant au moins trois points absents de la contribution
« Elucubrations électorales… ou moment de fatigue ».
L’exemple par la
Grèce :
Tout le monde fait le parallèle entre la situation grecque avec le succès de Syrisa et celui du
Front de Gauche en France. Il est un écart majeur entre les deux pays, c’est l’état de la lutte des classes et l’ampleur des mobilisations sociales. Combien de grèves générales en France
ces douze derniers mois ? Syrisa est l’expression politique d’un mouvement social d’une ampleur jamais égalée. En dehors des consultations électorales, les luttes continuent. Dans
de très nombreux secteurs de l’économie grecque les travailleurs ont réquisitionnés leurs entreprises (les exemples les plus connus concernent le secteur hospitalier mais il y en a
d’autres).
La crise sociale grecque n’a d’autre issue que de déboucher sur une crise institutionnelle (qu’elle soit ou
non insurrectionnelle est un autre débat). Seul le maintien d’un haut niveau de combativité sociale permet aux travailleurs grecs d’envisager de mettre un terme aux attaques dictées par le FMI,
la BCE et les banques privées. La démarche électorale s’articule et prend place dans ce processus global, ce n’est pas le cas en France. Et le débat n’est pas clos (ni clair) ici en France, pas
uniquement au sein du NPA.
L’unité en
France ?
Nos organisations n’ont effectivement pas besoin d’un programme commun pour s’unir. C’est le vieux principe
du front unique ouvrier, défini par un grand révolutionnaire du début du XXème siècle. Au nom des intérêts défendus, sur tel ou tel point, avançons dans l’unité, nous en serons
d’autant plus efficaces.
Et nous sommes d’accord sur ce point, il y a aussi urgence en France. Donc … ? Qu’attendre, la fin du
cycle électoral pour se rencontrer et voir ce qu’ensemble nous pouvons faire ? C’est un peu risqué. Pourtant, c’est bien cette centralité du fait électoral qui a empêché d’autres
initiatives.
Les organisations politiques ne sont pas en concurrence quand s’agit de défendre une cause commune. A titre
d’exemple, avec les camarades de Lutte Ouvrière, organisation avec laquelle le NPA a de nombreux désaccords, nos sommes très régulièrement intervenus ensemble quand il s’agissait d’aller soutenir
des travailleurs en lutte. Car l’enjeu était de soutenir et défendre les mobilisations, pas de promouvoir son organisation.
C’est cette démarche qu’il est urgent d’avoir en France. Un groupe parlementaire pèse-t-il plus sur l’avenir
social que nos propres mobilisations ? L’expérience du PCF après sa participation aux gouvernements « de gauche » de la cinquième République peut laisser dubitatif celui ou celle
qui y chercherait une valence positive entre les avancées sociales acquises et le nombre de couleuvres avalées.
Plus près de nous, il est une seule région où les organisations regroupées dans le Front de Gauche ne
cogèrent pas avec le PS… le Limousin
Parlementarisme et mobilisations
sociales :
L’élection de F. Hollande ne marque pas la fin d’un cycle. Les crises politiques et économiques qui secouent
le pays sont encore devant nous. Le pire pourrait se produire : explosion de la droite bourgeoise libérale entre ceux qui resteraient républicains et ceux qui chercheraient avant tout à
rester au pouvoir, essor de l’extrême devant l’incapacité du mouvement social (dans toutes ses composantes) à prendre les devant pour proposer un plan de mobilisation sociale pour se battre
contre, non pas la crise, qui est celle d’un système, mais ses conséquences pour le monde du travail. Cette question sera toujours d’actualité dans trois semaines et nous laissons à ceux qui
veulent encore y croire qu’un groupe à l’assemblée y changerait quelque chose. Nous n’irions pas jusqu’à penser que face aux dangers certains seraient toujours prêts à une union de toutes les
gauche, ou à « prendre leurs responsabilités ».
N’oublions pas une fois de plus de regarder l’Histoire. Quelles ont été les avancées sociales des 150
dernières années « lachées » en dehors des luttes. Mai 36 s’est fait sous la contrainte des usines occupées, tout comme mai 68. Et n’oublions pas que le programme du CNR est issu de la
Résistance. Pour une partie de celle-ci la lutte militaire se menait contre la barbarie capitaliste dont le nazisme était l’aboutissement ultime.
Ce qu’il nous faut conquérir, sans attendre d’y être contraints, c’est cette combativité grecque, québécoise,
espagnole… qui nous fait pour l’instant défaut. Il est de notre responsabilité de nous unir pour y parvenir. Déclarations communes, organisation d’une manifestation nationale d’ici la fin juin,
campagne nationale sur l’annulation de la dette… Qu’attend le Front de Gauche pour nous les proposer ? Nous en serons !
Nous avons trop de respect pour nos camarades de la FASE, de Lutte Ouvrière ou du Front de Gauche pour
laisser penser que les différences de stratégies seraient des incantations et non des désaccords – à dépasser ! – encore subsistant dans le débat d’orientation.
Pour notre part, nous restons convaincus que l’émancipation sociale ne sortira pas d’un hémicycle mais de
l’union de tous les travailleurs et de leurs organisations. Nous sommes partie prenante de l’unité systématique, sans exclusive, car l’enjeu est de réussir la construction de mobilisations et non
de servir sa « chapelle ».
C’est ce qu’il reste à faire. En poursuivant, fraternellement, le débat pour avancer ensemble et éclairer ce
qui continue à faire divergence.
Yves « Zap », militant du NPA, section de Noisy le Grand
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